samedi 21 novembre 2009

Réflexions.

Le protocole expérimental est lui-même une sorte de jeu dont on fixe nos propres règles. Cependant, c’est un langage qu’on essaie de créer, un style, une méthode et ceci dans le cadre d’un travail. Plusieurs fois, je me suis rendue compte que je prendrais beaucoup de plaisir à réaliser un travail d’atelier si précisément ce n’était pas un travail d’atelier mais une production libre, un jeu. Cette lecture m’a rappelé l’importance que j’ai toujours accordée au jeu en tant qu’objet fédérateur, créateur de liens et de moments de partage. Si le jeu, comme semble le pointer l’ouvrage, est réellement un stimulateur potentiel de culture, d’échange et de compétences, il me semble capital de le réintroduire dans toutes les sphères de la vie quotidienne, mais d’une façon adaptée à nos mœurs.

Quelle place pour le jeu en 2009 ? Il est aujourd’hui surtout présent sous forme numérique, à travers le réseau, l’ordinateur, les consoles. Et si les jeux vidéos constituent une industrie mondiale phénoménale, on peut peut-être se demander pourquoi. Est-ce que les règles qui régissent à présent le droit, la diplomatie, la philosophie, la religion, les relations amoureuses sont ludiques ? Je voudrais que les gens puissent se retrouver librement, sans but utilitariste, pour une réunion agréable et ludique, se défiant face à face et non pas dans une dimension virtuelle. Cela existe beaucoup pour les enfants, dans les centres aérés, les colonies de vacances, car le jeu constitue l’essence de la vie enfantine. Quant aux parents, ils vivent dans un stress perpétuel.

Je vois le jeu comme lieu d’épanouissement personnel, d’équilibre, de délassement, d’expression personnelle – si on le pratique sans excès, pas jusqu’au point de devenir oisif. Selon Huizinga, il a des jeux qui sont stériles pour l’individu (jeux de dés par exemple) et d’autres qui élèvent sa vie, et qui sont susceptibles de se convertir en culture (jeux de savoirs, savoir-faire et courage). A mon avis, l’essence du jeu peut presque se confondre avec celle de l’art. Dans les deux cas, il n’y a rien de nécessaire, mais quelque chose qui peut être utile à l’âme. L’art d’aujourd’hui a tendance à devenir sérieux, pris en otage dans des galeries, entouré de concepts et d’objets sacrés coupés de la vie sociale. Peut-il, de cette façon, remplir sa fonction de critique sociale, d’élévation de l’esprit, de révélation de la conscience, s’il n’est pas au sein même des rapports sociaux ? Je voudrais donc diriger mes expériences vers la création ludique, sous forme de jeux ou d’organisation de jeux. Il y aurait-il alors une différence entre moi et une animatrice ? Dans la forme, probablement pas. Si un moment de jeu est pour moi une œuvre d’art, je n’aurais aucune manière d’en garder une trace, car l’œuvre serait le moment lui-même, comme la danse qui n’existe qu’au moment de son exécution.

Qu’est-ce que les loisirs, quel rapport avec l’art ? Quelle place prend les loisirs aujourd’hui dans la vie des gens ? Quelles conséquences ? Les loisirs (sport, jeux, danse, théâtre, lecture, cinéma, musique, dessin, artisanat, tourisme) s’accomplissent en dehors de la vie courante. Et pourtant, les loisirs fondent l’homme autant que le travail. Je veux creuser cet aspect de l’homme. Que deviennent ceux qui jouent trop ? Que deviennent ceux qui ne jouent jamais ? Le jeu est-il un élément si important qu’il importe dans l’équilibre d’un être humain ?

Jouer seul. Jouer ensemble.
Jouer pour s’intégrer. Jouer pour être confronté aux autres.
Jouer en apprenant. Jouer en s’amusant. Jouer en se relaxant/délassant.
Jouer pour oublier la réalité. Jouer pour passer le temps.
Jouer en inventant. Jouer à devenir quelqu’un d’autre.
Jouer pour apprendre à se connaître.

Quels sont les besoins sociaux et individuels actuels ? Existent-ils des jeux qui peuvent répondre à ces besoins ?

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