J'ai envisagé une revue Homo Ludens de quelques dizaine de pages où je me mettrai une règle qui produirait le contenu de la revue. Ma première expérience fut Remodeler un visage. Conclusion : je me suis un peu ennuyée à jouer seule. Il n'y avait pas de compétition, pas de but précis, rien comme moteur, pas beaucoup d'amusement à la longue. J'ai eu l'impression de jouer à partir du moment où j'ai montré ma revue. Les réactions étaient partagées : certains voyaient immédiatement que c'était la même fille (notamment ceux qui la connaissaient), mais plus généralement, on pensait qu'il y avait des filles différentes, avec des retouches photoshop. La moitié d'entre eux sont parvenus à deviner laquelle était intacte, sans aucune intervention de ma part, et l'autre moitié non. Cela m'a montré le succès de mon dispositif et surtout ce qui me plaisait le plus dans le jeu. Ce n'est pas le jeu lui-même mon réel centre d'intérêt mais les interactions qu'il permet : de véritables liens invisibles sont créés, présents sans raison, amenant de bons souvenirs avec les autres où plaisir, rire, réflexion, création, communion se mêlent.
Jouer seul apporte peut-être aux neurones, à la motricité, aux réflexes, mais ne donne pas plus de vie à la vie. C'est un passe-temps, ce qu'on fait soit quand on s'ennuie, soit parce qu'on a un peu de temps libre et rien d'important à faire. Ces jeux sont du type casse-tête (puzzle, sudoku, mots-croisés) ou solitaire.
Voilà comment se présente l'horizon :
* créer des possibilités de jeux de société (fiches)
* réaliser certains de ces jeux
* organiser et animer des soirées de jeux afin d'expérimenter les jeux créés
>> Ceci afin de mieux cerner tous les enjeux du jeu, ses implications sociales et psychologiques, ses conséquences sur les relations à autrui et à soi-même
mercredi 25 novembre 2009
samedi 21 novembre 2009
Réflexions.
Le protocole expérimental est lui-même une sorte de jeu dont on fixe nos propres règles. Cependant, c’est un langage qu’on essaie de créer, un style, une méthode et ceci dans le cadre d’un travail. Plusieurs fois, je me suis rendue compte que je prendrais beaucoup de plaisir à réaliser un travail d’atelier si précisément ce n’était pas un travail d’atelier mais une production libre, un jeu. Cette lecture m’a rappelé l’importance que j’ai toujours accordée au jeu en tant qu’objet fédérateur, créateur de liens et de moments de partage. Si le jeu, comme semble le pointer l’ouvrage, est réellement un stimulateur potentiel de culture, d’échange et de compétences, il me semble capital de le réintroduire dans toutes les sphères de la vie quotidienne, mais d’une façon adaptée à nos mœurs.
Quelle place pour le jeu en 2009 ? Il est aujourd’hui surtout présent sous forme numérique, à travers le réseau, l’ordinateur, les consoles. Et si les jeux vidéos constituent une industrie mondiale phénoménale, on peut peut-être se demander pourquoi. Est-ce que les règles qui régissent à présent le droit, la diplomatie, la philosophie, la religion, les relations amoureuses sont ludiques ? Je voudrais que les gens puissent se retrouver librement, sans but utilitariste, pour une réunion agréable et ludique, se défiant face à face et non pas dans une dimension virtuelle. Cela existe beaucoup pour les enfants, dans les centres aérés, les colonies de vacances, car le jeu constitue l’essence de la vie enfantine. Quant aux parents, ils vivent dans un stress perpétuel.
Je vois le jeu comme lieu d’épanouissement personnel, d’équilibre, de délassement, d’expression personnelle – si on le pratique sans excès, pas jusqu’au point de devenir oisif. Selon Huizinga, il a des jeux qui sont stériles pour l’individu (jeux de dés par exemple) et d’autres qui élèvent sa vie, et qui sont susceptibles de se convertir en culture (jeux de savoirs, savoir-faire et courage). A mon avis, l’essence du jeu peut presque se confondre avec celle de l’art. Dans les deux cas, il n’y a rien de nécessaire, mais quelque chose qui peut être utile à l’âme. L’art d’aujourd’hui a tendance à devenir sérieux, pris en otage dans des galeries, entouré de concepts et d’objets sacrés coupés de la vie sociale. Peut-il, de cette façon, remplir sa fonction de critique sociale, d’élévation de l’esprit, de révélation de la conscience, s’il n’est pas au sein même des rapports sociaux ? Je voudrais donc diriger mes expériences vers la création ludique, sous forme de jeux ou d’organisation de jeux. Il y aurait-il alors une différence entre moi et une animatrice ? Dans la forme, probablement pas. Si un moment de jeu est pour moi une œuvre d’art, je n’aurais aucune manière d’en garder une trace, car l’œuvre serait le moment lui-même, comme la danse qui n’existe qu’au moment de son exécution.
Qu’est-ce que les loisirs, quel rapport avec l’art ? Quelle place prend les loisirs aujourd’hui dans la vie des gens ? Quelles conséquences ? Les loisirs (sport, jeux, danse, théâtre, lecture, cinéma, musique, dessin, artisanat, tourisme) s’accomplissent en dehors de la vie courante. Et pourtant, les loisirs fondent l’homme autant que le travail. Je veux creuser cet aspect de l’homme. Que deviennent ceux qui jouent trop ? Que deviennent ceux qui ne jouent jamais ? Le jeu est-il un élément si important qu’il importe dans l’équilibre d’un être humain ?
Jouer seul. Jouer ensemble.
Jouer pour s’intégrer. Jouer pour être confronté aux autres.
Jouer en apprenant. Jouer en s’amusant. Jouer en se relaxant/délassant.
Jouer pour oublier la réalité. Jouer pour passer le temps.
Jouer en inventant. Jouer à devenir quelqu’un d’autre.
Jouer pour apprendre à se connaître.
Quels sont les besoins sociaux et individuels actuels ? Existent-ils des jeux qui peuvent répondre à ces besoins ?
vendredi 20 novembre 2009
Lecture et réflexions
HOMO LUDENS
-Essai sur la fonction sociale du jeu-
Johan Huizinga
Cet essai, traduit du néerlandais pas Cécile Sérésia, fut réédité par Gallimard en 1951, sous la collection Tel. Il a été publié pour la première fois en 1939.
Johan Huizinga est historien et essayiste mais comme il l’avoue lui-même dans son Avant-propos, cet ouvrage est une tentative d’éclairer un problème de culture en s’aventurant dans d’autres domaines qui ne sont pas spécialement les siens : sociologie, ethnologie, anthropologie, étymologie de diverses langues. Ici, il s’agit de la place qu’occupe le jeu dans la société. Son but est d’ajouter à l’identification d’un être humain la propriété ludique (homo ludens), au même titre qu’homo sapiens et homo faber. En effet, même si l’animal joue aussi, il considère que l’homme n’est pas si raisonnable que cela et que beaucoup d’animaux sont également capables de fabriquer. Il parvient ainsi à éclairer le rôle fondamental que le jeu a dans l’élaboration d’une civilisation.
Table des matières de l’ouvrage
I – Nature et signification du jeu comme phénomène de culture
II – Conception et expression de la notion de jeu dans la langue
III – Le jeu et la compétition comme fonction créatrice de culture
IV – Le jeu et la juridiction
V – Le jeu et la guerre
VI – Le jeu et la sagesse
VII – Jeu et poésie
VIII – La fonction de l’imagination
IX – Formes ludiques de la philosophie
X – Formes ludiques de l’art
XI – Civilisations et époques sous l’angle du jeu
XII – L’élément ludique de la culture contemporaine
En analysant la racine sémantique du jeu dans plusieurs langues et les différentes manifestations ludiques, voici comment Johan Huizinga définit le jeu :
La théorie qu’il développe démontre comment le jeu a une fonction sociale dans la fondation d’une civilisation humaine, et que c’est dans le jeu que naît la culture. Par son caractère de compétition, d’honneur, de liberté, de solennité et d’émulation, le jeu est principalement présent pendant l’époque archaïque d’une culture. Il l’observe et l’analyse dans toutes les sphères de la vie sociale : juridique, militaire, économique, artistique, cultuelle, philosophique... Divers exemples sont extraits des cultures antiques asiatique, tribale, germanique, latine, hellénistique… Le jeu, la lutte, l’issue d’un combat ou d’une compétition était un signe de la volonté des dieux. Les concours d’insultes, de chants d’outrage (comme les Esquimaux qui réglaient leurs différends en accusant – ou calomniant – l’adversaire dans des concours de tambours), d’énigmes ou de musique ou de danse étaient des champs pour l’imagination et l’invention pure et permettait la transmission de culture, la juridiction, le divertissement. Il observe également, de façon rapide, l’évolution de la place du jeu dans la culture de l’Antiquité à la culture contemporaine, en passant par le Moyen-âge, la Renaissance, le Baroque, le Rococo et la Révolution Industrielle. Ainsi, Huizinga évoque les joutes verbales et le tribunal, les sophistes, les chants alternés entre hommes et femmes, les fêtes saisonnières, les championnats, les tournois médiévaux, les usages de la cour du roi Louis XIV, les costumes, le potlatch, la Bourse, les clubs, la comédie. Tant de façons de jouer qui sont devenues des actes « sérieux » au fur et à mesure que la culture devient raffinée.
une action libre, vécue comme fictive (en dehors de la vie courante) mais capable d’absorber entièrement le joueur, dénuée d’intérêt matériel ou utilitaire, circonscrite dans un temps et un espace réservés, qui se déroule selon des règles acceptées par les participants, dans une ambiance d’enthousiasme et suscitant des relations de groupe.Il refuse les conceptions limitatives du jeu comme fonction purement biologique ou inconsciente que suggèrent la physiologie ou la psychologie.
La théorie qu’il développe démontre comment le jeu a une fonction sociale dans la fondation d’une civilisation humaine, et que c’est dans le jeu que naît la culture. Par son caractère de compétition, d’honneur, de liberté, de solennité et d’émulation, le jeu est principalement présent pendant l’époque archaïque d’une culture. Il l’observe et l’analyse dans toutes les sphères de la vie sociale : juridique, militaire, économique, artistique, cultuelle, philosophique... Divers exemples sont extraits des cultures antiques asiatique, tribale, germanique, latine, hellénistique… Le jeu, la lutte, l’issue d’un combat ou d’une compétition était un signe de la volonté des dieux. Les concours d’insultes, de chants d’outrage (comme les Esquimaux qui réglaient leurs différends en accusant – ou calomniant – l’adversaire dans des concours de tambours), d’énigmes ou de musique ou de danse étaient des champs pour l’imagination et l’invention pure et permettait la transmission de culture, la juridiction, le divertissement. Il observe également, de façon rapide, l’évolution de la place du jeu dans la culture de l’Antiquité à la culture contemporaine, en passant par le Moyen-âge, la Renaissance, le Baroque, le Rococo et la Révolution Industrielle. Ainsi, Huizinga évoque les joutes verbales et le tribunal, les sophistes, les chants alternés entre hommes et femmes, les fêtes saisonnières, les championnats, les tournois médiévaux, les usages de la cour du roi Louis XIV, les costumes, le potlatch, la Bourse, les clubs, la comédie. Tant de façons de jouer qui sont devenues des actes « sérieux » au fur et à mesure que la culture devient raffinée.
Homo ludens est un exposé des usages du jeu et de leurs conséquences culturelles. Cependant, même s’il a le grand mérite d’explorer une activité peu étudiée sous un angle nouveau, avec un balayage historique ample, on a parfois l’impression que ce sont ses recherches qui viennent étayer des opinions préalables et non un raisonnement qui aurait découlé de ses observations. Il va néanmoins dans le sens de Schiller, avec ses Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme (1795), qui dit que dans le jeu, l'homme a une "intuition complète de son humanité" (Lettre XIV). Il s'agit d'un état de liberté où l'homme échappe à la servitude de la raison ou de la sensibilité : sa nature est pleinement réconciliée.
Si le jeu est dans la culture, il est aussi dans l’art. Selon l’historien, il est beaucoup moins présent dans les arts plastiques que dans la musique (jouer d’un instrument), car la production de tableaux, sculptures implique un effort manuel intense, un travail pénible qui n’a rien d’un jeu. La réception non plus n’a rien de ludique. Le jeu se trouve plus dans le concours de virtuosité entre artistes que dans les œuvres produites elles-mêmes, même si celles-ci sont souvent associées à la sphère sacrée – quant à elle complètement associée à une forme jouée. Huizinga est mort en 1945, avant d’avoir pu voir l’explosion des arts plastiques en performances, happenings, events, soirées diverses. Peut-être aurait-il ajouté une note sur un espoir de retour au ludique dans l’art ?
lundi 16 novembre 2009
Première pierre.
Lundi 16 Novembre. 15:27.
Création du blog expérimental Homo Ludens.
Blog expérimental car ceci est un atelier, ou bien encore un laboratoire, voire un chantier. Ici, tout est en construction : réflexions théoriques et pratiques sur une pratique artistique en cours d'élaboration. Mais c'est un lieu ouvert. Tel est l'avantage du numérique, c'est du tout-en-un : support, outil, médiation, critique.
Homo Ludens car on prendra en compte la dimension de l'homme qui joue.
La vie est un grand jeu où nous jouons tous et dont nous nous fixons les règles.
L'art est un jeu auquel certains d'entre nous jouent et dont ils se fixent les règles.
Ce blog aussi est un jeu dont je me fixe les règles.
Un jeu où je joue à m'inventer des règles à suivre pour jouer à d'autres jeux.
Vos idées et compétences sont les bienvenus si vous voulez venir jouer avec moi.
Les principes fondamentaux :
*Je collecte tout ce que je trouve pour me constituer une banque de données : images, croquis, photographies, vidéos, textes...
*Je les numérise.
*J'invente des règles.
*Je joue.
*Après avoir joué, si j'en ai envie, je peux en faire un nouvel objet à construire, imprimer, réaliser. Ou pas.
L'essence du jeu est la liberté et la joie.
Je ne fais donc pas ce blog parce qu'il m'a été contraint par l'atelier 5B de l'université Rennes 2, mais simplement parce que cela me plaît.
! : « le jeu est une tâche sérieuse »
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